Rear Window -
Fenêtre Sur Cour (1954 - Alfred Hitchcock)
Les années cinquante seront, avec la décennie suivante, la période d'or pour le Maître du suspense. Avec FENETRE SUR COUR, il lance son "cinéma de rêve" : grandes stars qui ont déjà travaillé avec cinéaste (dans La Corde et Dial M For Murder), photographie en Technicolor, et scénario qui mélange intrigue policière et la comédie romantique.
Dès les premiers dialogues, on sent que le film sera un plaisir immense pour le spectateur tant ceux-ci sont délicieux, originaux, magnifiquement bien écrits et parfois très drôles. La thématique du scénario est fort riche, passant en revue les différents visages de l'amour à travers les habitants que le héros espionne, voire même le concernant : passion, jalousie, solitude, haine et parfois violence. La relation entre Jeffries et Lisa est assez complexe, il serait d'ailleurs utile de revenir sur le personnage de Lisa, honteusement négligé et oublié, celui de Jeffries étant le centre de l'histoire et donc favorisé.
Lisa Frémont, jouée ici par l'inoubliable Grace Kelly, est une petite fille snob habituée à l'univers mondain de la ville de New York (mannequinat, musique, cinéma, peinture, etc...), pourtant amoureuse d'un garçon simple, mais froid et baroudeur, dont la passion ne peut les séparer, surtout quand elle décide de l'aider dans son enquête.
Hitchcock transgresse également les clichés des films Américains traditionnels : le héros masculin est une personne handicapée et vivant dans une chaise roulante tandis que son personnage féminin principal est actif, décisif et prenant des initiatives, même les plus folles, pour aider l'amour de sa vie. On est en droit de se demander si le cinéaste ne change pas de fusil d'épaule en livrant avec ce film une vision relativement féministe alors qu'il est souvent considéré comme sadique envers ses héroines.
D'un point de vue technique, la prouesse est d'autant plus remarquable car le film se déroule dans un seul décor : l'appartement de Jeffries. Sa réflexion sur qu'il propose sur l'univers du cinéma et sur la fascination de l'image en général est ici superbement développée, rendant le film encore plus passionnant pour le spectateur, qui se glisse vraiment dans la peau du personnage principal. A ce propos, la force d'Hitchock est justement celle d'oublier James Stewart afin que le public s'identifie à lui, mêne son enquête lui-même.
James Stewart incarne l'anti-héros par excellence. Son personnage transpire l'immoralité la plus crasse, sa manière d'épier les moindres faits et gestes de ses voisins le rendent antipathique, crapuleux, vicieux (lorsqu'il regarde la jolie blonde se tortiller en sous-vêtements) mais aussi humain (il sourit quand ses voisins descendent leur chien avec un panier), mais certainement pas attachant tant son obsession concernant l'enquête fait de lui un personnage proche de la folie pure et dure. Il est donc à la fois voyeur, cinéaste (il imagine et met en scène une histoire) et cinéphile (son sens d'observation et d'interprétation nous fait rappeler les grands polars de la même époque).
La technique de mise en scène d'Hithcock est une de plus parfaite mais si FENETRE SUR COUR est un film inoubliable, c'est parce qu'il est avant tout une de plus belles déclarations d'amour au cinéma et à l'image qu'éprouvent tous les êtres humains.
Un vrai chef-d'oeuvre comme on en fait malheureusement plus.
The Birds -
Les Oiseaux (1963 - Alfred HITCHCOCK)
En 1963, le Maître du suspense avait atteint son apogée. Avec des grands chefs-d'oeuvres tels que
Rear Window,
Dial M For Murder,
North by Northwest ou encore
Psycho, plus rien ne pouvait l'arrêter en si bon chemin mais la question est la suivante : peut-il encore nous surprendre ou risque-t-il de régresser ? Il faut dire qu'avec THE BIRDS et son histoire d'oiseaux tueurs, on avait bien le droit d'émettre des réserves quand à la qualité du long-métrage.
Et pourtant, ce film est devenu l'un des plus célèbres et représentatifs de la filmographie de Sir Alfred et force est de constater que quarante-trois ans après sa première sortie, ce film n'a rien perdu de sa superbe.
Même si le fait de montrer des oiseaux, à la base innofensifs, en assassins sans pitié relevait de la pure utopie, le sujet est extrêmement bien maîtrisé et plus que crédible pour dire qu'Hitchcock a fait un grand pas en avant dans le genre. Il était pourtant impossible de signer un film plus angoissant que
Psycho, c'est désormais chose faite mais dans un style bien différent. La narration est également différente : alors que l'on ne connaissait pas directement l'identité du tueur dans le film précédemment cité, il n'y a pas de doute sur celle-ci dans le film présent mais le suspense et l'angoisse sont divinement bien soutenus jusqu'à la dernière seconde.
Chose rare pour un film âgé, les effets spéciaux n'ont pas pris une ride : les nombreuses attaques d'oiseaux sont réalistes, filmées avec nervosité, talent et maîtrise technique totale.
La sublime Tippi Hedren incarne à la perfection la détresse et le stress dont son personnage est victime de manière permanente.
On notera un suspense incroyablement stressant et opressant durant les vingt dernières minutes lorsque la maison des protagonistes est attaqués par les ornithorinques : la montée des escaliers de Mélanie et son attaque sont tellement angoissantes qu'il est presque impossible de ne pas détourner le regard de l'écran, les bruitages (sans musique) renforcent encore plus ce sentiment d'horreur rarement ressenti depuis lors dans n'importe quel film du genre.
Quatre décennies plus tard, THE BIRDS marque encore les consciences, grâce à son sentiment de terreur inégalable et traumatisant.
